A la fin du XIXe siècle, les Parisiens sont excédés : il n'est plus possible
de circuler dans la capitale envahie par d'encombrants véhicules de toutes
sortes. Les quelque 570 voitures et 3 000 chevaux de la Compagnie générale
des omnibus ne suffisent plus à transporter le flot des travailleurs qui,
chaque jour, traverse la capitale. Les trente et une lignes de tramway,
le chemin de fer de ceinture, la centaine de bateaux-mouches, les 10 000
fiacres n'y font rien.
Près de cinquante ans de palabres font de Paris l'une des dernières capitales
sans réseau métropolitain, car Londres a le sien depuis 1863, Berlin depuis
1871 et New York, 1872. Partisans et adversaires s'opposent. Faut-il creuser
un réseau souterrain ? Edifier un réseau aérien ? Un tel projet ne défigurerait-il
pas la ville ? Tandis que Jules Verne imagine le métro dès 1863 dans Paris
au XXe siècle, Victor Hugo s'insurge contre une telle idée.
Dans l'avènement du métro parisien, deux hommes vont jouer un rôle déterminant.
Le premier, belge, est le baron Edouard Empain, ingénieur et homme d'affaires
avisé ; il devient le financier du métro parisien. Sa nationalité l'empêchant
de participer directement au conseil d'administration de la jeune Compagnie
du métropolitain de Paris, il en est le patron occulte par le biais d'hommes
de paille. Mais Empain se mêle également du style du nouveau moyen de
transport : contre l'avis d'un jury, il impose Hector Guimard, disciple
du belge Victor Horta, l'initiateur de l'Art nouveau, pour dessiner les
fameuses premières stations du métro.
La construction décidée en 1897, le choix se porte sur un réseau souterrain
complété de quelques parties aériennes. Le projet prévoit un réseau de
65 km répartis sur six lignes. La mise en œuvre est confiée à Fulgence
Bienvenüe, notre second promoteur du métro, déjà responsable de plusieurs
aménagements de la capitale comme le funiculaire de Belleville ou les
Buttes-Chaumont.
Le 19 juillet 1900, l'inauguration de la Ligne 1, entre la porte de Vincennes
et la porte Maillot, passe quasiment inaperçue parmi les mille merveilles
de l'Exposition universelle. Un an plus tard, Empain et Bienvenüe ont
pourtant gagné leur pari : le métro a déjà transporté plus de 50 millions
de passagers.
Article écrit par Jean-Philippe Renouard pour le magazine des programmes
de La Cinquième |